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Les OLMÈQUES et les CULTURES du GOLFE du MEXIQUE

Monument 1, « Señor de Las Limas » (du nom du village où elle fut exhumée, en 1965), montrant un humain apparenté aux dieux associés aux maïs et à la pluie, tenant un personnage aux attributs surnaturels dans une position flaccide (mort ou endormi ?), site de Las Limas, État du Veracruz, Mexique, 900-400 av. J.-C. H. : 55 cm. Serpentine. © Museo de Antropología de Xalapa – Universidad Veracruzana, Xalapa, D.R. Secretaría de Cultura-INAH, État du Veracruz, Mexique.

Cette exposition dévoile, pour la première fois en Europe, la richesse culturelle de cette région. L’occasion de se plonger dans l’histoire de mondes autrefois fastueux. La culture olmèque est la moins connue de Mésoamérique et son étude est relativement récente. Si certaines sculptures ont été découvertes au XIXe siècle, c’est en 1927 que les spécialistes identifièrent une culture propre. La première expédition fondamentale, dirigée par l’archéologue Matthew W. Stirling, pour le compte de la Smithsonian Institution et du National Geographic, eut lieu en 1939. C’est dans la plaine côtière, au sud des états actuels de Veracruz et de Tabasco, que s’épanouit, entre 1600 et 400 av. J.-C., la culture olmèque —­ du mot nahuatl olmeca (ou olmán, « les gens du pays du caoutchouc ») employé par les Mexicas, trois millénaires après son épanouissement. Considérée un temps comme pouvant être à l’origine de nombreuses sociétés mésoaméricaines, la culture olmèque eut néanmoins un impact considérable sur des communautés aussi diverses et éloignées que les Aztèques des Hauts-Plateaux, les Mayas du Tabasco, ou encore de Teotihuacan. Lorsque le conquistador Hernán Cortés débarque, près de Veracruz, en 1519, plus d’une vingtaine de langues sont encore parlées dans la région. Cette diversité linguistique illustre bien l’importance de ces lieux de brassage que furent la côte du golfe et l’isthme de Tehuantepec. En effet, l’une des particularités les plus importantes et structurantes de la région de la côte du Golfe réside dans le niveau d’interactions qu’elle développa avec des contrées voisines, pendant trois millénaires. Cela tient notamment aux caractéristiques de la plaine côtière où l’on trouve de nombreux fleuves, rivières et lagunes qui facilitèrent les déplacements par voie d’eau. Les réseaux d’approvisionnement en produits exotiques et rares tels que le jade et la serpentine  dont la couleur verte ou bleutée avait une grande valeur symbolique —, les peaux de jaguar, l’obsidienne, les plumes et les coquillages, permirent ainsi d’instaurer des échanges dynamiques de biens et d’idées. Ainsi, des sites et des artéfacts de style olmèque ont été retrouvés dans les régions du Guerrero, du Morelos, du Mexique central, du Chiapas, au Guatemala et au Costa Rica.

Monument 51, sculpture féminine, site de Castillo de Teayo, État de Veracruz, Mexique, 900-1521 ap. J.-C. H. : 147 cm. Grès. Museo Nacional de Antropologia, Mexico. © Secretaría de Cultura. INAH. MEX-CANON. Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología. Inv. 10-0081366. Photo : Ricardo Amaya Hernández.

Figure masculine à la coiffe conique, site d’El Naranjo, État du Veracruz, 900-1521 ap. J.-C. Grès. H. : 166 cm. Cette sculpture est probablement associée aux guerriers morts au combat. Museo Nacional de Antropologia, Mexico. © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH-CANON. Inv. 10-3153.

L’étude des styles architecturaux et sculpturaux, de la céramique et de certains motifs iconographiques laisse également percevoir l’influence de cultures étrangères. Les terres tropicales inondables de basse altitude regorgeant de ressources naturelles rendirent possible le développement de l’agriculture, la variété de cet écosystème favorisant jusqu’à trois récoltes de maïs par an. La sophistication des techniques d’irrigation, corroborées par la découverte de canaux, de réservoirs et de bassins sur les sites de San Lorenzo et de La Venta, témoignent de l’attractivité de cette zone, occupée par des paysans sédentaires, dès 2300 avant notre ère. La richesse de la flore et, en particulier, de la faune (batraciens, reptiles, oiseaux, félins…) façonnèrent le panthéon olmèque. Au sein de cette géographie sacrée, les sources, les collines, les montagnes et les grottes constituaient également des espaces symboliques primordiaux. Architectes des grands centres cérémoniels originels — avec la première pyramide monumentale (site de La Venta, vers 800 av. J.-C.) ­—, ces groupes développèrent des sociétés complexes dont on peine encore à appréhender les différents aspects religieux, économiques, politiques et sociaux. Ces villes et ces villages étaient constitués d’habitations en terre, de vastes zones résidentielles et d’édifices monumentaux. Grâce à l’essor de la civilisation olmèque, le premier millénaire avant notre ère fut marqué par des avancées considérables dans le domaine social et politique, l’urbanisme, le commerce et l’art sculptural.

Figure humaine tronquée, debout sur une créature zoomorphe bicéphale, site de Ahuateno, État de Veracruz, Mexique, 1200-1521 ap. J.-C. Grès. H. : 168 cm. © Museo de Antropología de Xalapa – Universidad Veracruzana, Xalapa, État du Veracruz, Mexique. © Secretaría de Cultura. INAH. MEX. Inv. 49 P.J. 10938.

Figure féminine huastèque de haut rang coiffée d’un casque conique orné d’un spectaculaire en éventail décoré d’un serpent bicéphale, site de Tempoal, État du Veracruz, 1200-1521 ap. J.-C. Pierre Calcaire et traces de polychromie. © Museo de Antropologia de Xalapa – Universidad Veracruzana, Xalapa, État du Veracruz, Mexique. Inv. 49 P.J. 17255.

On lui doit l’invention du calendrier dit « du compte-long » qui enregistre toute date par la notation, en système vigésimal (qui a pour base le nombre vingt), du temps écoulé à partir d’un point d’origine fixe. Ce système calendaire allait être celui qu’utiliseraient toutes les chroniques royales mayas du Classique pour l’enregistrement des faits historiques. Ce n’est que vers la fin de la période olmèque qu’on verra apparaître les premières formes d’écritures intelligibles. Ces signes, inscrits sur la pierre, attestent de relations à longue distance entre les habitants de la côte du golfe et ceux d’autres régions. Il s’agit pour la plupart de textes et de dates en écriture isthmique (système en usage dans l’isthme de Tehuantepec) et maya, mais également d’autres vestiges qui mettent en évidence les relations avec Teotihuacan et, bien plus tard, les Aztèques des hauts plateaux mexicains et les zones mayas au sud. Durant trois mille ans, les différents groupes ethniques qui se sont succédé ou côtoyés dans cette région ont façonné la pierre afin de représenter leurs dieux et leurs dirigeants. Créées par des artisans spécialisés, sous la supervision d’une élite, elles étaient utilisées comme forme d’expression idéologique et comme outil de propagande visant à̀ mettre en avant les valeurs et les intérêts d’une classe dominante. Les idées, les concepts et les mythes étaient ainsi transcrits et propagés.

Sculpture dite du « lutteur », site d’Antonio Plaza, État du Veracruz, Mexique, 1500-400 av. J.-C. Basalte. H. : 65 cm. © Museo Nacional de Antropología, México. D.R. Secretaría de Cultura-INAH-CANON. Inv. 10-3157.

Femme assise sur ses talons, Monument 1, 900-1521 ap. J.-C., Tuxpan, État du Veracruz. Grès. H. : 83 cm. Sa majestueuse coiffe est ornée d’épis de maïs soulignant son lien avec la divinité du maïs. © Museo Nacional de Antropología, México. D.R. Secretaría de Cultura-Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH-CANON. Inv. 10-9796.

Cette forme de communication visuelle, chère aux Olmèques, était, semble-t-il, aussi bien compréhensible des autochtones que des étrangers qui en partageaient les fondements culturels. Représentant majoritairement des êtres humains ou des sujets aux attributs surnaturels, elles représentent, pour les archéologues et les historiens, malgré une symbolique difficile à interpréter, une source inépuisable d’informations sur leur univers religieux, sur leurs rituels et sur leur manière de se vêtir et de se parer. Les Olmèques voyaient dans le corps humain la représentation des trois niveaux cosmiques : la tête représentant le royaume céleste, au corps, qu’il soit debout, assis ou agenouillé, était attribué la représentation des différents aspects de l’environnement terrestre. Quant aux membres inférieurs, à l’instar des racines d’un arbre, ils permettaient de communiquer avec le monde souterrain.

Figurine du type « baby-face », Olmèque, site de Tlapacoya, État de Mexico, 1200-800 av. J.-C. H. : 44 cm. Céramique creuse. Museo Nacional de Antropologia, Mexico. © Secretaría de Cultura. INAH-CANON. Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología. Inv. 10-357231. Photo : Jesus Valdovinos Alquicira.

Parmi les civilisations anciennes, les Olmèques sont les seuls à avoir célébré les enfants de façon aussi magistrale avec la figuration d’adultes aux allures d’enfants potelés et, en particulier, dans le domaine de la céramique, avec le célèbre « baby face » (gros bébé asexué représenté dans diverses positions), des créations reconnaissables entre toutes. Les Olmèques furent également les premiers à adopter la production d’œuvres monumentales avec les fameuses têtes colossales et d’imposants « autels » cérémoniels ornés d’une figure de dignitaire, paré d’une haute coiffe de plumes, semblant émerger d’une niche comme des profondeurs de l’inframonde. Sculptés dans de larges blocs de pierre extraits et importés de lointains volcans, eux aussi, vénérés par les populations. Ces têtes colossales (commémoratives, ou têtes-trophées, probablement considérées comme le siège de l’esprit, la partie la plus spirituellement élevée des principaux dirigeants) sont certainement parmi les objets les plus emblématiques de cette civilisation. Celle reproduite ici, est en fait la plus petite. Ce personnage, aux traits tout à fait typiques de la statuaire olmèque, porte un casque ajusté qui symbolise peut-être son statut de souverain.

Tête colossale, découverte en 1946, Monument 4, site de San Lorenzo, Tenochtitlan, Texistepec, État du Veracruz, 1200-900 av. J.-C. Dim. : 183 x 123 x112 cm. Basalte. © Catálogo Digital Museo de Antropología de Xalapa. Universidad Veracruzana, D.R. Secretaría de Cultura-INAH. Inv. : Reg. 49 P.J. 336.

Il est possible que ces têtes, placées en des endroits stratégiques du centre cérémoniel, servaient à la fois à̀ commémorer les précédents dirigeants et à la fois à̀ reconnaître l’autorité de celui qui était au pouvoir. Depuis la découverte d’une première tête, en 1862 — le monument A, de Tres Zapotes —, seize autres ont été trouvées dans les trois grandes capitales que furent San Lorenzo, La Venta et Tres Zapotes, mais d’autres pourraient encore être mises au jour. On a pu observer, par ailleurs, que certaines proviennent de la réutilisation de monuments désignés d’abord comme des autels et qui étaient en fait plutôt des trônes. On note aussi que plusieurs de ces têtes montrent des marques de mutilation qui ont peut-être visé à faire disparaître symboliquement les personnages représentés et/ou le pouvoir qu’ils exerçaient. Seule une société prospère pouvait mobiliser une main-d’œuvre abondante et concevoir des programmes architecturaux d’une telle ampleur.

Sculpture masculine (la position des mains évoque une fonction de porte-étendard), dite « El adolescente huasteco », portant un personnage dans son dos, les épaules et le côté droit du corps sont recouverts de motifs gravés probablement associés au culte du maïs et au dieu Quetzalcóatl (le serpent à plumes), site de Tamohi, État de San Luis Potosi, Huastèque, Mexique, 1000-1521 ap. J.-C. Grès. H. : 145 cm. Museo Nacional de Antropología, México, Mexique © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH-CANON. Inv. 10-3156.

Monument 47, figure féminine debout, site de Castillo de Teayo, Huastèque, État de Veracruz, Mexique, 900-1521 ap. J.-C. Elle porte une imposante coiffe en rapport avec la divinité du maïs Chicomecóatl. Une cavité pratiquée dans la poitrine aurait pu servir à̀ recevoir une offrande ou une pierre précieuse, symbole de vie. H. : 199 cm. Grès. Museo Nacional de Antropología, México. © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH-CANON. Inv. 10-0157014. Photo : Jesus Valdovinos Alquicira.

Plus tard, chez les Huastèques, au nord de l’État de Veracruz, la tradition de la représentation humaine se perpétua avec une diversité de sujets, notamment des femmes clairement dépeintes dans des positions d’autorité. Certaines sont même casquées et dotées d’attributs militaires soulignant ainsi l’importance de leur rôle dans toutes les sphères du pouvoir. Présente sur un territoire immense, la culture huastèque (900-1500 ap. J.-C.) a été façonnée par l’existence d’une multitude de groupes ethniques, des contacts réguliers avec d’autres régions de Mésoamérique et le développement d’une organisation sociale complexe. L’expansion de cette culture semble être particulièrement liée aux relations entretenues avec les Mayas. En effet, des similitudes entre les premières céramiques de la Huasteca (aire culturelle huastèque) et des vases du Chiapas et de la côte Pacifique confirment l’existence de ces contacts. La linguistique historique démontre également que le teenek (langue huastèque toujours parlée aujourd’hui), est nettement apparentée à la famille linguistique du groupe macromaya (qui comprend le mixe-zoque, le totonaque, l’huastèque et le maya [qui se subdivise lui-même en plusieurs groupes]). Leur formidable art statuaire, parsemé d’éléments stylistiques et symboliques multiculturels, illustre éloquemment l’ouverture des Huastèques sur le monde mésoaméricain.

Offrande 4, site de la Venta, Olmèque, État du Tabasco, 800-600 av. J.-C. Ensemble de quinze figurines formant un groupe tourné vers un seizième individu et de six haches-stèles miniatures. Jade, serpentine et granit. H. : 16,1 à 20,1 cm (figurines) 23,6 à 27,6 cm (haches). Museo Nacional de Antropología, México. © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH- CANON. Inv. : 10-9650. Photo. : Sergio Antonio Ortiz Suarez.

Une des pratiques rituelles illustrant la nature profondément multiculturelle de la côte du golfe du Mexique est le dépôt d’offrandes. Les Olmèques, durant la période la plus ancienne, privilégièrent souvent les objets en pierre polie, en caoutchouc ou en bois, déposés dans des lieux naturels caractérisés par la présence d’eau (sources, fleuves ou marécages). Par la suite, les offrandes, souvent beaucoup plus imposantes, furent plutôt utilisées dans des lieux cérémoniels tels que les pyramides et les temples, mais aussi dans les soubassements des habitations. Il est possible d’identifier, à travers celles-ci, les croyances, les rites, les styles artistiques, ainsi que les modèles économiques caractéristiques des habitants des différentes zones géographiques de cette région. Sur une période de plus de six siècles, une source d’eau, au pied du Cerro Manatí, près du site de San Lorenzo, fut un lieu de rituels et de dépôts d’offrandes olmèques incomparables.

Buste 14, site d’El Manatí, État du Veracruz, 1200-900 av. J.-C. (phase Macayal). Bois. H. : 35,1 cm. © Museo Regional Tuxteco, Santiago Tuxtla, État du Veracruz, Mexique. D.R. Secretaría de Cultura-INAH, Museo Nacional de Antropología-INAH-CANON. Inv. 10-581077.

Ce milieu humide anaérobie permit la conservation d’objets en bois, de végétaux et, en particulier, de balles en caoutchouc (mesurant entre huit et vingt-cinq centimètres, leur présence est attestée sur la totalité de la séquence d’utilisation du site, de 1700 à 1000 av. J.-C.). Ces témoignages extraordinaires ont ainsi livré les premières évidences d’une possible pratique du jeu de balle et de rituels associés à l’eau, à la pluie et à la montagne. Des aspects symboliques fondamentaux qui marqueront toute l’histoire de la Mésoamérique. L’état de préservation de ces balles implique un procédé donnant de la résistance au latex, mélangé avec la sève de l’Ipomoea alba L., ce qui eut pour effet de réaliser une sorte de vulcanisation avant l’heure. Les types d’offrandes et les processus de dépôt, lors de la troisième et dernière phase d’El Manatí révèlent une plus grande complexité et des changements dans les pratiques rituelles. Durant cette période, ont été déposés, avec soin, des restes d’adolescents et trente-sept bustes en bois de cèdre représentant différents personnages. Ces bustes de femmes et d’hommes pourraient représenter les ancêtres de lignages importants de la communauté. Les ossements d’enfants, voire de néonataux, associés à ceux-ci, constitueraient les premières évidences de sacrifices d’enfants. Ces derniers étaient accompagnés de nombreuses offrandes dont des sceptres en bois, des haches, des couteaux avec manche en bitume, de petites balles en hématite et des ornements d’oreille.

Dalle décorée d’une tête aux traits de félins, Olmèque, Monument 1 (dépôt 3e épisode), site de La Merced, État du Veracruz, Mexique, 1200-900 av. J.-C. H. : 73 cm. Serpentinite. © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH-CANON / Colección Centro INAH Veracruz. Inv. 10-650860.

Le site de La Merced, situé à faible distance du Cerro Manatí, constitué de plates-formes et d’un monticule encerclant une place centrale, est exceptionnel pour la densité d’offrandes qui y ont été découvertes dans les couches profondes : près d’un millier de haches à divers stades de fabrication accompagnées de leurs déchets de production. La céramique associée à̀ ce groupe indique que les dépôts furent contemporains du site de La Venta. Les archéologues ont identifié trois événements distincts de mise en place d’offrandes rituelles. Le plus important consistait en près de cinq cents haches polies et de préformes d’outils, disposées en position érigée, autour d’une sculpture anthropomorphe dénommée « Le Bébé jaguar ». Cette sculpture (Monument 2) montre un personnage divinisé aux traits de nourrisson tenant une hache dans ses mains. Le jaguar, qui serait associé au monde chtonien, occupe une place centrale dans l’iconographie olmèque, avec sa gueule trapézoïdale aux commissures tombantes, aux canines prononcées et à la lèvre supérieure charnue. À Altamira, sur une colline proche de la côte, à l’extrémité sud du Tamaulipas, a été découvert le site d’habitation de Chak Pet donnant une idée des débuts de la culture huastèque (entre 900 av. J.-C. et 200 ap. J.-C.). Ce site abritait les sépultures de quatre cents individus accompagnés de figurines et d’artéfacts en os et en coquillages. Une « cache » située à l’intérieur d’un monticule renfermait divers objets, la plupart taillés dans une pierre verte : pendentifs allongés ou ovales, ornements d’oreilles et fines pierres façonnées à l’effigie de visages humains. Dans le centre urbain et cérémoniel de Malpasito, colonie zoque située dans la Sierra de Huimanguillo, le paysage escarpé a été domestiqué par la création d’une série de larges terrasses artificielles sur lesquelles furent construites des habitations individuelles, des temples et un terrain de jeu de balle jouxtant des bains de vapeur. Au sommet de l’édifice 13, se trouvaient cinq caches rituelles en maçonnerie. Dans l’une d’entre elles étaient placés des vases orangés à engobe blanc. On ignore s’il s’agissait à l’origine d’une sépulture qui se serait décomposée ou d’offrandes commémorant d’autres événements comme l’achèvement d’une construction publique ou cérémonielle. Datant de 700 à 900 de notre ère, ce site zoque est représentatif de la grande diversité culturelle qui prévalait à cette époque dans la région du Tabasco.

Figurine anthropomorphe assise, site de Cerro de las Mesas, État du Veracruz, Mexique antérieure à la période de son placement dans la tombe II-18, qui se situe entre 100 et 300 ap. J.-C. Céramique. H. : 20 cm. Museo Nacional de Antropología, México. © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH- CANON. Inv. : 10-581031. Photo : Alfredo Alvarado Herrera.

Capitale régionale entre 300 et 600 de notre ère, Cerro de las Mesas, dans l’État du Veracruz, connut une longue histoire qui débuta en 600 avant notre ère et qui s’échelonna sur 1500 ans environ. La sépulture II-18 constitue un ensemble exceptionnel. Le squelette était fléchi et reposait sur le côté. Le crâne, séparé du corps, avait été placé dans un coquillage marin rempli de pigments rouges. Quelques-unes de ses dents étaient incrustées de pyrite. Le trousseau funéraire qui accompagnait le défunt était composé d’un petit joug en pierre, associé au jeu de balle, de onze objets en céramique, certains polychromes et, parmi eux, des socles, un pendentif, des perles de jade, deux figurines et une remarquable carapace de tortue incisée d’un visage de profil entouré de motifs élaborés. Le site de Tancama, situé dans la vallée éponyme, constituait l’un des établissements les plus importants de la Sierra Gorda, durant la période préhispanique. Fermement ancré dans la sphère culturelle huastèque, l’endroit a été occupé entre 200 et 900 de notre ère et comprend quarante-deux structures dont des terrasses, des monticules et un terrain de jeu de balle. Dans la partie supérieure d’un édifice, une inhumation collective, propre à̀ la tradition huastèque, contenait le corps d’un enfant accompagné de trois adultes. Un bracelet à grelots et quelques autres bijoux étaient associés au corps juvénile. Une autre sépulture collective, située à̀ proximité, regroupait au moins cinq individus accompagnés d’offrandes diverses. Les sites de San Lorenzo et de La Venta furent développés sur des promontoires naturels, dominant ainsi le paysage marécageux de la région. L’édification du site de San Lorenzo (1500-900 av. J.-C.) fit l’objet d’un aménagement important avec la construction de terrasses et le nivellement de surfaces de plusieurs milliers de mètres carrés emplacement de la plus importante ville de l’époque en Mésoamérique. Les fouilles archéologiques ont permis de retrouver des « palais » aux sols en terre rouge possédant d’imposantes colonnes de basalte et des canalisations en pierre permettant l’approvisionnement en eau potable, des ateliers pour le travail de la pierre et des maisons plus simples bâties sur des terrasses. Dans ce site, le corpus des sculptures est d’une qualité exceptionnelle. Le site de La Venta (1200-400 av. J.-C.) se développa selon un modèle architectonique hautement planifié, hiérarchisé le long d’un axe nord-sud de plus d’un kilomètre de long, composé d’avenues, de ruelles et de places.

Autel 4, parc-musée de la Venta, Villahermosa, Tabasco. À noter, sur cet étonnant mégalithe sculpté, la corde qui enserre le monument, tenue par la semi-divinité. Au-dessus, les traits d’un animal féroce en train de littéralement dévorer le personnage. 1200-400 av. J.-C. Basalte. H. : 200 cm, l. : 400 cm. © Alamy, KP7H3P. Photo : Sara Janini.

L’architecture des édifices civils et cérémoniels est liée à des ensembles sculpturaux : les fameuses têtes colossales, des « autels » et des stèles ornées de bas-reliefs. La pyramide centrale (en réalité un tumulus tronconique), en terre, culminant à plus de trente mètres de hauteur, est la plus ancienne du Mexique. Situé au centre de la Huasteca, une immense région couverte par plusieurs États de la côte nord du golfe du Mexique, le site de Tamtoc connut une longue occupation s’échelonnant sur une période d’environ 1700 ans. Qualifiée quelquefois de capitale de la région huastèque, cette ville, bâtie le long des méandres de la rivière Tampaón, comptait, à son apogée, une population d’environ quinze mille personnes. Les fouilles archéologiques ont déterminé que la cité aurait connu trois grandes phases de développement. Durant les deux premières, qui s’échelonnent de 200 ans av. J.-C. à 600 ap. J.-C., la vie villageoise s’estompe laissant place à la formation d’espaces architecturaux et aux débuts de l’urbanisation. Après un abandon de quelques siècles, la ville renaît, au XIe siècle et prospère, jusqu’à l’arrivée des Aztèques, puis des Espagnols, au XVIe siècle. La diversité des édifices, dans la ville et autour de Tamtoc, témoigne de l’existence d’une société fortement hiérarchisée, socialement complexe et dotée de groupes de production spécialisés. Son histoire est étroitement liée au développement de la culture huastèque et de la région du golfe du Mexique. La conquête aztèque, désireuse de s’approprier les richesses de cette formidable région, mit un terme à son hégémonie. Ainsi, pouvons-nous aujourd’hui constater que l’art olmèque, dont l’influence s’avère si marquante, est l’expression culturelle la plus importante, la plus séduisante et aussi la plus énigmatique qui soit apparue dans l’Amérique précolombienne.

  • LES OLMÈQUES ET LES CULTURES DU GOLFE DU MEXIQUE

Musée du quai Branly-Jacques Chirac (mezzanine est), 9 octobre 2020-25 juillet 2021.

Commissariat : Cora Falero Ruiz, Conseillère scientifique, Museo Nacional de Antropología, México.

Commissaire associé : Steve Bourget, Archéologue, responsable des collections Amériques au musée du quai Branly-Jacques Chirac.

En collaboration avec l’Instituto Nacional de Antropología e Historia (INAH) et le Secretaría de Cultura, México.

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