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« Coco Loti. “Pauvres petites choses mortes” »

affiche-roseJusqu’au 31 décembre 2016, le Musée Hèbre de Saint-Clément, à Rochefort, nous invite à la rencontre d’un enchanteur et d’une fée. Pierre Loti, un homme aux multiples facettes et Coco Fronsac, dont les portraits photographiques jouent de notre vision du temps et de notre rapport à l’autre. « L’image est une création pure de l’esprit. Elle ne peut naître d’une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l’image sera forte — plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique… » (Pierre Reverdy, “L’image”, Revue littéraire Nord-Sud, N° 13, mars 1918, pp. 4-7). C’est sur l’invitation du conservateur des musées de Rochefort, Claude Stéfani, que l’artiste est venue plonger dans les collections de la Maison de Pierre Loti. Là, au cœur des réserves, parmi les reliques et les photos de l’écrivain, elle a retrouvé toute une part de son univers. Avec ses objets transformés renvoyant à la nostalgie du voyage, Coco Fronsac a choisi de se confronter à l’écrivain. Ces deux êtres aux univers décalés entraînent le visiteur dans un monde étrange, poétique et envoûtant.

« Loti roses », Coco Fronsac. © Coco Fronsac, 2016.

« Loti roses », Coco Fronsac. © Coco Fronsac, 2016.

Dornac (Paul Marsan, dit) (1858-1941), Pierre Loti dans sa maison de Rochefort, le 11 mars 1892. Épreuve sur papier albuminé. Dim. : 12,5 x 17,5 cm. Cette photographie provient de la série « Nos contemporains chez eux ».

Dornac (Paul Marsan, dit) (1858-1941), Pierre Loti dans sa maison de Rochefort, le 11 mars 1892. Épreuve sur papier albuminé. Dim. : 12,5 x 17,5 cm. Cette photographie provient de la série « Nos contemporains chez eux ».

Né à Rochefort en 1850, Julien Viaud est tout juste âgé de vingt et un ans lorsque, le 15 mars 1871, il s’embarque, en tant qu’aspirant de marine, à bord du Le Vaudreuil. Le 11 octobre, il arrive à Valparaiso d’où il repart, le 19 décembre, cette fois à bord de la frégate La Flore, pour une campagne dans le Pacifique. Le 3 janvier 1872, l’expédition arrive à proximité de l’île de Pâques. Pendant les quatre jours d’escale, Viaud, encouragé par ses officiers supérieurs, passe son temps à prendre des notes et à dessiner. Le 29 janvier, il pose le pied à Tahiti. Il y fréquente la société locale et la cour de la reine Pomaré IV où il reçoit le surnom de « Loti » (fleur rose proche du laurier), à l’origine de son nom de plume : “Pierre Loti”. Par l’intermédiaire de sa sœur, à qui il a envoyé ses dessins et ses notes, L’illustration publie, sous le titre « L’île de Pâques, Journal d’un sous-officier de l’État-Major de La flore », un grand article dans ses numéros des 17, 24 et 31 août 1872. Comment qualifier cet extravagant personnage qui passe son temps à se déguiser et qui vit dans un palais des mille et une nuits ? À défaut de pouvoir conjurer sa peur de la mort et du quotidien, il tente de l’exorciser en faisant de sa vie une interminable représentation théâtrale dont il est le personnage principal.

Pagaie ao, île de Pâques. Bois (Thespesia populnea). L. : 181 cm. XVIIIe-XIXe siècle. Collectée par Pierre Loti en 1872. © Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ETH.AC.1248. Photo D. Martin.

Pagaie ao, île de Pâques. Bois (Thespesia populnea). L. : 181 cm. XVIIIe-XIXe siècle. Collectée par Pierre Loti en 1872. © Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ETH.AC.1248. Photo D. Martin.

Pectoral reimiro, île de Pâques. Bois. Dim. : 36,5 x 58 x 3 cm. Collecté par Pierre Loti en 1872. © Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ET.AC.1247. Photo D. Martin.

Pectoral reimiro, île de Pâques. Bois. Dim. : 36,5 x 58 x 3 cm. Collecté par Pierre Loti en 1872. © Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ET.AC.1247. Photo D. Martin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La cabine de Pierre Loti sur La Flore (côté lit). Dessin par Pierre Loti. En plus d’un moai kavakava, on y voit le reimiro, l’ao et une collerette en fibres végétales. Dessin à la mine de plomb sur papier vélin fin, 20 x 26 cm. © Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ETH.OC.981.1.1. Photo D. Martin.

La cabine de Pierre Loti sur La Flore (côté lit). Dessin par Pierre Loti. En plus d’un moai kavakava, on y voit le reimiro, l’ao et une collerette en fibres végétales. Dessin à la mine de plomb sur papier vélin fin, 20 x 26 cm. © Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ETH.OC.981.1.1. Photo D. Martin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Loti, 1909, carte-photo.

Pierre Loti, 1909, carte-photo.

Pierre Loti, lors de son voyage en Egypte, en 1907, visite le musée du Caire et tombe en arrêt devant la momie de Ramsès II Sésostris, trouvant que le pharaon lui ressemble étrangement. On peut ainsi voir un document extraordinaire, un double portrait qu’il éditera sous la forme d’une photo-carte humoristique avec les légendes suivantes : « RAMSÈS II (Sésostris) momifié l’an 1258 avant J.C. », sous le portrait du pharaon et « Pierre LOTI non encore momifié en 1909 », sous le sien.

« Ramsès II (Sésostris) – Pierre Loti – Coco Loti ». © Coco Fronsac. Photo F. Bordas.

« Ramsès II (Sésostris) – Pierre Loti – Coco Loti ». © Coco Fronsac. Photo F. Bordas.

Coco Fronsac se réapproprie ce « faire-part mégalomaniaque » en y ajoutant son profil : « Coco LOTI non momifiée encore en 2016 ».

"Le corail et la seiche". Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

« Le corail et la seiche ». Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

"Un dandy aime New York". Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

« Un dandy aime New York ». Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le support principal du travail de Coco Fronsac est la photographie, de vieux clichés anonymes, datant de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. C’est là, dans et autour de ces figures passées, qu’elle inscrit son œuvre en jouant des postures solennelles, parfois hiératiques, souvent stéréotypées, qui caractérisent ces photos prises à l’occasion d’événements structurants de la vie (naissance, communion, mariage…). Dans sa série, « Chimères et Merveilles », elle a peint sur ces portraits des masques ancestraux d’Afrique, d’Océanie, d’Asie, des Amériques et même du folklore européen, conjuguant ainsi, dans des mises en scène troublantes, des expressions artistiques radicalement différentes et pourtant contemporaines, toutes aussi normées par les traditions. Elle s’amuse visiblement de ce décalage, voire de ces oppositions entre les formes et les couleurs, qu’elle accentue à plaisir en peuplant ses compositions d’animaux étranges issus de son imaginaire onirique, de plantes tropicales, de coraux, d’extraits de planches d’anatomie… Les titres évocateurs ou insolites nous parlent aussi des influences dada et surréalistes de l’artiste.

Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

Le masque appartient au domaine du paraître et montre plus qu’il ne dissimule. En transformant son image, l’homme masqué devient l’autre et révèle les possibles de l’apparence et l’ambigüité de l’être. Pour Coco Fronsac, cela semble être comme un jeu dont le but serait le mélange de représentations culturelles. Mais la thématique de la disparition du corps est là aussi pour nourrir une réflexion sur la représentation de soi et des autres, sur la mémoire et l’identité.

Si l’omniprésence de la mort, les reliques et les jeux de masques rapprochent les deux artistes, Coco Fronsac, avec ses détournements d’images, n’essaie pas d’apprivoiser la mort, mais s’en amuse. Quand elle pare de masques les visages de personnes depuis longtemps disparues, c’est pour leur donner une seconde vie et pour nous projeter dans une nouvelle réalité, vivante et subjective. L’univers de Loti ne pouvait que la séduire. En sa compagnie, elle accomplit un voyage inattendu, mêlant leurs souvenirs et leurs obsessions avec la volonté de transformer la banalité du quotidien pour susciter le merveilleux.

"La mère grand". Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

« La mère grand ». Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

 

 

 

Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

 

 

 

 

 

 

"Les souliers vernis". Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

« Les souliers vernis ». Gouache sur photographie ancienne. Série « Chimères et Merveilles ». © Coco Fronsac.

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