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L’art du portrait à Aotearoa

Gottfried Lindauer, « Kewene Te Haho [?-1902] ». Huile sur toile, non datée, 85 x 70 cm. Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/17. D’après le journal « West Coast Times », Kewene Te Haho serait mort à près de quatre-vingt-dix ans, dans sa maison, à Te Makaka, un avant-poste presbytérien, dans le port d’Aotea. Il participa à la bataille de Taumatawiwi, en 1830, où s’affrontèrent Te Waharoa de Tainui et l’iwi Ngāti Maru d’Hauraki. Membre de la Wesleyan Congregation, en tant que prédicateur, il lutta contre les méfaits de l’alcoolisme. Il tient dans sa main droite un large mere en bois orné d’une figure tipuna (ancêtre).

Gottfried Lindauer, « Kewene Te Haho [?-1902] ». Huile sur toile, non datée, 85 x 70 cm. Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/17. D’après le journal « West Coast Times », Kewene Te Haho serait mort à près de quatre-vingt-dix ans, dans sa maison, à Te Makaka, un avant-poste presbytérien, dans le port d’Aotea. Il participa à la bataille de Taumatawiwi, en 1830, où s’affrontèrent Te Waharoa de Tainui et l’iwi Ngāti Maru d’Hauraki. Membre de la Wesleyan Congregation, en tant que prédicateur, il lutta contre les méfaits de l’alcoolisme. Il tient dans sa main droite un large mere en bois orné d’une figure tipuna (ancêtre).

Savant mélange devant allier la ressemblance physique à la psychologie du modèle et à sa condition sociale, le portrait voit le jour vers le XVe-XVIe siècle, en Italie et dans les Flandres. Au XVIIe siècle, son engouement s’accroit, le portrait d’apparat apparaît en France, le portrait de cour se développe en Angleterre, puis la mode s’étend dans toute l’Europe pour connaître son apogée au siècle suivant. Au XIXe siècle, le portrait se démocratise et connaît un succès jamais atteint, mais cette période sera également celle de son déclin, avec l’apparition de la photographie qui permet dorénavant d’enregistrer une image fidèle du sujet, bouleversant profondément l’art de la figuration. C’est à ce moment que débute l’histoire d’un de ses fidèles serviteurs, un artiste atypique : Gottfried Lindauer, qui se passionna pour un peuple singulier : les Maori de Nouvelle-Zélande.

Die Māori Portraits, organisée par l’Alte Nationalgalerie (20 novembre 2014-12 avril 2015) en collaboration avec l’Auckland Art Gallery Toi O Tamaki présente, pour la première fois en dehors de leur pays d’origine — depuis la Colonial and Indian Exhibition, à Londres, en 1886, et la Louisiana Purchase Exhibition, Saint Louis, Missouri, en 1904 où, respectivement, douze et neuf toiles furent exposées —, quarante-neuf des soixante-deux portraits et des huit scènes de genre de l’ancienne collection Henry Partridge (1848-1931).

Gottfried Lindauer, vers 1899, photographe inconnu. © Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand (PUBL-0092-001).

Gottfried Lindauer, vers 1899, photographe inconnu. © Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand (PUBL-0092-001).

Gottfried Lindauer (1839-1926), est né à Pilsen, en Bohème, alors partie de l’Empire Austro-Hongrois, (aujourd’hui la République tchèque). À l’instar de Charles Frederick Goldie (1870-1947), son successeur, il fut un des rares et des plus prolifiques peintres de la fin du XIXe siècle à avoir consacré son travail presque exclusivement à la représentation des Maori de Nouvelle-Zélande. Malgré un nom à consonance allemande, il était d’origine ethnique tchèque et se prénommait Bohumir. Formé à l’Académie d’art de Vienne, ses professeurs furent Leopold Kupelwieser et Josef von Führich, puis le portraitiste Carl Hemerlein, dont il rejoignit l’atelier, en 1861. De retour à Pilsen, en 1864, il ouvre son atelier et travaille pour la bourgeoisie de l’époque. L’essor croissant de la photographie, avec la révolution que représente la technique de l’utilisation de plaques sèches, qui va permettre une production plus rapide et moins chère, menaçant son travail de portraitiste et l’éventualité d’un enrôlement dans l’armée, décidèrent Lindauer à émigrer. Il s’embarqua à Hambourg, à bord du Reichstag, un navire d’immigrants, en 1873 et débarqua à Wellington, le 6 août 1874. En 1875, il s’installa à Auckland où il fit la connaissance de l’homme d’affaires Henry Partridge. Désirant sauvegarder la culture maorie, ce dernier lui commandera les portraits de près de quatre-vingt fameux Maori. Parallèlement, Lindauer expose ses œuvres, à Wellington, en 1877, où il remporte un certain succès qui lui vaudra des commandes de la part de la population maorie. Circulant à l’intérieur de la Nouvelle-Zélande, il résidera, en dehors de Nelson et d’Auckland, dans différentes provinces, notamment, Christchurch et Napier, où il fut très proche du photographe Samuel Carnell (1832-1920). Finalement, il s’établira à Woodville, en 1889, au sud de l’île du Nord. De 1900 à 1914, il fait de nombreux séjours en Europe, en particulier en Bohème, où il rencontre Václav Frič, un important spécialiste des sciences naturelles, et Vojtěch et Josepha Náprstek, un couple d’ethnologues qui acquirent deux portraits destinés à leur musée de Prague. De 1914 à 1916, le peintre renommé est confronté, comme d’autres émigrants Allemands et Autrichiens, à de l’hostilité et une ostracisation sociale. Finalement, en 1919, sa vue baissant, il dut mettre fin à sa carrière et disparu, à Woodville, le 13 juin 1926.

Henry Edward Partridge, vers 1899, photographe inconnu. © Avec la permission de Bruce W. Graham.

Henry Edward Partridge, vers 1899, photographe inconnu. © Avec la permission de Bruce W. Graham.

De 1901 à 1912, son mécène, Henry Partridge, présenta sa collection de peintures dans une galerie située au-dessus de ses bureaux, avant d’en faire don à l’Auckland Art Gallery, en 1915.

Dès la fin du XVIIIe siècle, la vie sociale, politique et culturelle des Maori s’est trouvée quelque peu bouleversée par l’arrivée massive de colons, de missionnaires et de commerçants européens. Si cette immigration se stabilise dans les années 1820, elle sera officiellement établie par le traité de Waitangi (Te Tiriti o Waitangi), en 1840. La Nouvelle-Zélande devient alors une destination favorite pour de nombreux immigrants originaires d’Angleterre, d’Écosse, d’Irlande, d’Allemagne, de Belgique, d’Autriche et de Bohême. Durant toute cette période, les Maori surent, malgré tout, pour beaucoup, s’adapter aux changements tout en préservant leurs traditions.

 

Gottfried Lindauer, « Maori Plaiting Flax Baskets [Femmes tressant des vanneries kono et kete en harakeke (lin, Phormium tenax)] », 1903. Huile sur toile, 217,5 x 265 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/63.

Gottfried Lindauer, « Maori Plaiting Flax Baskets [Femmes tressant des vanneries kono et kete en harakeke (lin, Phormium tenax)] », 1903. Huile sur toile, 217,5 x 265 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/63.

La peinture ne fut pas un art majeur traditionnel pour les Maori, à l’exception de quelques œuvres rupestres et la décoration des chevrons des maisons de réunion wharenui. Il faudra attendre l’arrivée d’explorateurs tels que Abel Tasman et James Cook pour trouver les premiers témoignages peints des spectaculaires paysages Néo-Zélandais et la représentation des indigènes suivis, dans la première moitié du XIXe siècle, par Augustus Earle et George French Angas.

Gottfried Lindauer, « The Tohunga-Ta-Moko at Work », 1915. Huile sur toile, 188,6 x 233,7 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/49. Le tatoueur tient dans sa main droite son uhi (ciseau) dont la lame est enduite de pigment bleu et de la gauche un māhoe (maillet), a son petit doigt, une bande de tissu en lin pour éponger le sang. Sur la gauche de la composition, un chef âgé, peut-être entonnant un karakia (incantation) mettant en action les atua (forces spirituelles) pour encourager le tatoué à montrer son endurance à la douleur.

Gottfried Lindauer, « The Tohunga-Ta-Moko at Work », 1915. Huile sur toile, 188,6 x 233,7 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/49. Le tatoueur tient dans sa main droite son uhi (ciseau) dont la lame est enduite de pigment bleu et de la gauche un māhoe (maillet), a son petit doigt, une bande de tissu en lin pour éponger le sang. Sur la gauche de la composition, un chef âgé, peut-être entonnant un karakia (incantation) mettant en action les atua (forces spirituelles) pour encourager le tatoué à montrer son endurance à la douleur.

Gottfried Lindauer, « Tohunga under Tapu », vers 1902. Huile sur toile, 255,5 x 208 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/50. Cette toile est la reprise d’une aquarelle d’Horatio Gordon Robley (« Tapu », 1863-1864, 16,5 x 19 cm, Alexander Turnbull Library, Wellington). Le tohunga (sorcier, sage, prêtre ou guérisseur) est nourri parce qu’il est si tapu (interdit lié au sacré) qu’il ne peut toucher lui-même la nourriture considérée comme impure.

Gottfried Lindauer, « Tohunga under Tapu », vers 1902. Huile sur toile, 255,5 x 208 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/50. Cette toile est la reprise d’une aquarelle d’Horatio Gordon Robley (« Tapu », 1863-1864, 16,5 x 19 cm, Alexander Turnbull Library, Wellington). Le tohunga (sorcier, sage, prêtre ou guérisseur) est nourri parce qu’il est si tapu (interdit lié au sacré) qu’il ne peut toucher lui-même la nourriture considérée comme impure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réalistes ou idéalisés, les portraits de Lindauer sont très divers, à la fois par les sujets dépeints, qu’il s’agisse de personnalités ou de personnages plus modestes, et à la fois par la manière dont ils sont traités : en pied, en demi-grandeur ou en buste ; frontal, de profile ou de trois-quarts. Si certains sont habillés à la mode européenne, la plupart revêtent leurs costumes traditionnels ou cérémoniels. Une même personne peut apparaître différemment d’un portrait à l’autre comme, par exemple, le fameux chef Renata Tama-ki-Hikurangi Kawepo (vers 1805-1888), dont le portrait conservé au Whanganui Regional Museum, montre un jeune homme tenant un mere et possédant ses deux yeux alors qu’il en a perdu un, dans les années 1860. Son portrait en costume européen (peint pour le compte de Partridge), est plus réaliste : on y voit un homme âgé, le visage tourné vers la droite, son unique œil observant le spectateur.

Même si de nombreux portraits furent réalisés sur commandes par des chefs désirant préserver leur image ou entrer dans l’histoire, et malgré certaines approximations, en particulier en ce qui concerne les tatouages faciaux et les vêtements traditionnels, le travail de Lindauer, réalisé à partir de sujets vivants ou, le plus souvent, d’après des photographies, fut malgré tout très rapidement reconnu et apprécié pour sa valeur ethnographique.

Gottfried Lindauer, « Huria Matenga Ngarongoa (Julia Martin) », 1874. Huile sur toile, 67,5 x 56 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

Gottfried Lindauer, « Huria Matenga Ngarongoa (Julia Martin) », 1874. Huile sur toile, 67,5 x 56 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

L’artiste a su capturer la dignité tranquille de ses sujets, émergeants de l’ombre, dans un effet dramatique saisissant. Pour de nombreux Maori, en particulier les descendants de ces hommes et de ces femmes portraiturés, ces toiles incarnent leur esprit et leur mana (force psychique, prestige, pouvoir, influence), elles représentent également une forme de lien entre le passé et le présent et, en tant que taonga (trésors), elles doivent être — comme leur auteur, tenu en haute estime —, respectées et protégées.

Gottfried Lindauer, « Paora Tuhaere », 1895. Huile sur toile, 67,7 x 56,3 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

Gottfried Lindauer, « Paora Tuhaere », 1895. Huile sur toile, 67,7 x 56,3 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

« Paul Paora Tuhaere, Chief, Orakei », par Elizabeth Pulman, Auckland. © Archives New Zealand, Te Rua Mahara o te Kāwanatanga, Wellington. Réf. : R24024954.

« Paul Paora Tuhaere, Chief, Orakei », par Elizabeth Pulman, Auckland. © Archives New Zealand, Te Rua Mahara o te Kāwanatanga, Wellington. Réf. : R24024954.

Homme de paix, Paora Tuhaere (?-1892) fut un imposant rangatira (chef) de l’iwi (tribu) Ngāti Whātua qui possédait les terres sur lesquelles la ville d’Auckland fut fondée. Avec son oncle, Apihai Te Kawau (?-1869), Tuhaere accueillit les colons européens dans l’isthme d’Auckland en 1840. Après avoir signé le traité de Waitangi, le 6 février de la même année, Te Kawau invita le Lieutenant Gouverneur William Hobson (1792-1842) à établir la capitale coloniale d’Auckland, ce qu’il fit, en février 1841, concluant la vente de trois mille acres à la Couronne Britannique. S’il ne rejoignit pas le mouvement kīngitanga (Māori King Movement) et reconnut la souveraineté de la reine Victoria, Tuhaere partageait les préoccupations du kīngitanga concernant la rétention des terres et tenta de résoudre les tensions entre ce dernier et le gouvernement. Ayant succédé à Te Kawau, en 1868, Tuhaere travailla à garantir la possession des terres restantes appartenant à sa tribu, malheureusement avec un succès limité. Son portrait a était exécuté d’après une photographie réalisée par le studio d’Elizabeth Pulman (1836-1900), à Auckland. Sur ce cliché, Tuhaere porte un costume de cérémonie composé de trois pièces sur une chemise blanche à plastron et un nœud papillon. À cette période, le port du costume européen était très répandu parmi les Maori. Lindauer a remplacé cet ensemble par un piupiu, sorte de cape courte qui se portait croisée sur l’épaule, en fibres de lin et en feuilles séchées roulées en tubes formant un corps de résonance émettant un bruit sec lorsque le porteur bougeait. Son oreille gauche est ornée d’un long pendentif kapeu en pounamu (sorte de jade) retenu par un ruban noir. Son rangi pāruhi (tatouage facial complet) recouvre une grande partie de son visage, depuis le grand motif circulaire sur son cou jusqu’au puissant tīwhanawhana (lignes frontales descendantes).

Gottfried Lindauer, « M. Paramena », vers 1885. Huile sur toile, 85 x 67,5 cm. © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, Wellington, acquise en 1995, avec la contribution du New Zealand Lottery Grants Board (1995-0003-2).

Gottfried Lindauer, « M. Paramena », vers 1885. Huile sur toile, 85 x 67,5 cm. © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, Wellington, acquise en 1995, avec la contribution du New Zealand Lottery Grants Board (1995-0003-2).

Gottfried Lindauer, « Mme Paramena », vers 1885. Huile sur toile, 85,2 x 67,5 cm. © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, Wellington, acquise en 1995, avec la contribution du New Zealand Lottery Grants Board (1995-0003-3).

Gottfried Lindauer, « Mme Paramena », vers 1885. Huile sur toile, 85,2 x 67,5 cm. © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, Wellington, acquise en 1995, avec la contribution du New Zealand Lottery Grants Board (1995-0003-3).

Rangatira (chef) de l’iwi (tribu) Ngāti Kahungunu, le nom de Paramena Te Naonao apparaît dans quelques comptes-rendus de presse concernant des procédures judiciaires. Peinte vers 1885, durant le séjour de l’artiste à Hastings, formant paire avec celle de sa femme, ces deux toiles étaient conservées par une famille pākehā (personnes de descendance européenne) jusqu’à leur acquisition, en 1995, par le musée de Wellington. Paramena porte un remarquable manteau en plumes kahu huruhuru composé d’un motif mumu (en damiers) en plumes de différentes espèces d’oiseaux endémiques, en particulier, celles de couleur verte du pigeon kererū, orange du perroquet kākā et noires et blanches zébrées du coucou éclatant pīpīwharauroa. Son oreille gauche est ornée d’un large pendentif kapeu et d’un double et long ruban noir. La plume qu’il porte dans sa chevelure est celle de l’oiseau huia. Son moko (taouage) facial est partiellement dissimulé par une barbe soigneusement taillée et cirée, à la mode européenne. Il teint, dans sa main droite, un taiaha (bâton de combat) dont l’extrémité est richement ornementée de petits disques de pāua (haliotis), de plumes orange du kākā soulignées de plumes de kererū, l’ensemble surmontant une touffe de poils de kuri (chien polynésien). De telles capes et armes de prestige avaient une fonction symbolique, leur ornementation indiquant le rang du porteur dans la hiérarchie sociale. Tout comme pour son mari, on sait peu de choses sur la vie de Raita Tuterangi. Les taonga qu’elle arbore suggèrent qu’elle fut une femme de haut rang. Elle porte à l’oreille droite un pendentif kuru, à l’oreille gauche, une dent de requin garnie de cire à cacheter, retenus par un ruban noir, au tour du cou, un heitiki et, dans les cheveux, deux plumes de la queue d’un huia (Huia dimorphe), une espèce de grande valeur aujourd’hui disparue. Elle est revêtue d’une chemise blanche brodée recouverte d’un manteau souligné d’une broderie rouge, jaune et noir en fibres de lin retenant une frange de plumes de dinde et de kiwi, et des pōkinikini (piupiu) noir et blanc. Les plumes de kiwi et les pōkinikini ornent également le reste du vêtement.

Gottfried Lindauer, « Kuinioroa, daughter of Rangi Kopinga – Te Rangi Pikinga ». Huile sur toile, non datée, 61,4 x 51,4 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

Gottfried Lindauer, « Kuinioroa, daughter of Rangi Kopinga – Te Rangi Pikinga ». Huile sur toile, non datée, 61,4 x 51,4 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

« Te Rangi Pikinga », photographe et date inconnus. © Alexander Turnbull Library, National Library of New Zealand, Te Puna Mātauranga o Aotearoa, Patrick Parsons Coll. (PAColl-5706). Réf. : 1/2-058453.

« Te Rangi Pikinga », photographe et date inconnus. © Alexander Turnbull Library, National Library of New Zealand, Te Puna Mātauranga o Aotearoa, Patrick Parsons Coll. (PAColl-5706). Réf. : 1/2-058453.

Descendant d’une des familles aînées des iwi Ngāti Apa et Ngāti Raukawa de la côte ouest de la partie basse de l’île du Nord, Te Rangi Pikinga (vers 1800- ?) n’était qu’une jeune femme lorsque les territoires de son iwi furent envahis, en 1819, par les iwi du Nord, alliés sous la conduite du redoutable Te Rauparaha (?-1849) de Ngāti Toa. Armés de mousquets, les forces du Nord attaquèrent Ngāti Awa à Turakina, tuant près de deux cents belligérants, en faisant un certain nombre de prisonniers, dont Te Rangi Pikinga. Par la suite, le neveux de Te Rauparaha, Te Rangihaeata (?-1855), épousa Pikinga, établissant ainsi une alliance entre les deux iwi. Représentée sous les traits d’une personne âgée, Pikinga porte deux larges heitiki suspendus à son cou à l’aide d’un cordon torsadé en fibres de lin. Ces deux importants taonga témoignent de son statut et figurent également sur la photo à partir de laquelle Lindauer réalisa ce portrait. Sur cette image, œuvre d’un photographe inconnu, elle est assise, enveloppée d’un manteau finement tissé orné du motif géométrique tāniko alors que, sur ce portrait, elle porte un manteau korowai hukahuka dont le décolleté est frangé de pennes de plumes noir de hukahuka. Par ses atours et ses moko kauae (tatouage du menton) et ngutu pūrua (tatouage complet des lèvres), Pikinga est clairement identifiée comme une femme de haut rang au prestige considérable.

Gottfried Lindauer, « Tamati Waka Nene », 1890. Huile sur toile, 88 x 70 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

Gottfried Lindauer, « Tamati Waka Nene », 1890. Huile sur toile, 88 x 70 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

« Tāmati Waka Nene, chef de l’iwi Ngāpuhi ». Photo-carte par Elizabeth Pulman, Auckland. Cette photographie a probablement était prise peu avant sa mort, en 1871. © Alexander Turnbull Library, National Library of New Zealand, Te Puna Mātauranga o Aotearoa. Réf. : PA2-1357.

« Tāmati Waka Nene, chef de l’iwi Ngāpuhi ». Photo-carte par Elizabeth Pulman, Auckland. Cette photographie a probablement était prise peu avant sa mort, en 1871. © Alexander Turnbull Library, National Library of New Zealand, Te Puna Mātauranga o Aotearoa. Réf. : PA2-1357.

Tamati Waka Nene (vers 1780-1871) est le plus jeune frère d’Eruera Maihi Patuone (?-1872), tous deux rangatira de l’iwi Ngāti Hao, dans la région de Hokianga, à l’extrême nord-ouest de l’île du Nord. Combatif et diplomate, ces deux qualités lui conférèrent un grand respect parmi son peuple mais aussi au près des colons. Lorsque son frère Patuone s’installa dans le golfe d’Hauraki, dans les années 1830, Nene devint le rangatira ayant le plus haut rang. Protecteur de la mission méthodiste britannique établie à Hokianga, en 1827, dont il finira par adopter la foi, il encouragea le commerce et les échanges entre Maori et colons, figurant parmi les nombreux rangatira qui développèrent les échanges avec les marchands partageant les mêmes intérêts. À l’instar de son frère Patuone, Nene signa la déclaration d’indépendance de 1835, rédigée à l’instigation de James Busby (1802-1871), contre les intérêts français. Cinq ans plus tard, en février 1840, il joua un rôle éminent en convainquant les rangatira réunis à Waitangi de la bienveillance de la Couronne britannique. Le transfert de la capitale coloniale de Russell, dans le territoire de Nene, vers Auckland, en mars 1841, entraîna pour ce dernier une perte d’influence et de revenus. Malgré tout, il deviendra un conseiller estimé par l’administration coloniale. Son portrait est tiré d’une photo-carte par Elizabeth Pulman (1836-1900). La photographie montre un rangatira âgé portant une veste sur une chemise blanche. Peint en 1890, Lindauer le représente avec un manteau de pluie pākē. Dans sa main droite, il tient un tewhatewha (à la fois utilisé dans les combats rapprochés et lors de cérémonies) ornementé de plumes (généralement de pigeon ou de faucon qui avaient comme fonction de distraire l’ennemi) et incrusté d’un petit disque de pāua et un pendentif kuru pend à son oreille droite. Son rangi pāruhi (tatouage facial complet) est remarquable et témoigne de sa position dans sa communauté.

Gottfried Lindauer, « Eru Tamaikoha Te Ariari », 1903. Huile sur toile, 86,7 x 71,4 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

Gottfried Lindauer, « Eru Tamaikoha Te Ariari », 1903. Huile sur toile, 86,7 x 71,4 cm. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, don de H. E. Partridge, 1915.

Eru Tamaikoha (?-1915) est né parmi la sous-tribu Ngāti Tama hapū des Ngāi Tūhoe d’Ureweran, dans l’est de l’île du Nord. Sa défiance envers l’implantation croissante des colons et l’empiètement gouvernemental l’entraînèrent dans des relations conflictuelles avec ces deux entités. Partie prenante dans les conflits armés de la « New Zealand Land Wars » (1845-1872), Tamaikoha se fit remarquer pour ses audacieux raids nocturnes et ses embuscades. Souhaitant préserver son territoire et tenir éloigné les colons, Tamaikoha est également fameux pour avoir dressé des « bornes » délimitant les terres des Ngāi Tūhoe, avertissant que les contrevenants seraient « dévorés ». Malgré ses nombreux efforts, le gouvernement eut le dessus, obligeant Tamaikoha et son peuple à endurer l’humiliation et les conséquences économiques de la confiscation punitive de leurs terres par la Couronne. Figure imposante, il fit sensation, lorsqu’il apparut, revêtu de son manteau traditionnel, en tant que témoin à décharge, lors d’un retentissant procès pour meurtre, à Auckland, en 1874, un journal ayant informé ses lecteurs de la rare opportunité de rencontrer « un réel spécimen de cannibale ». Toute sa vie, il encouragea le port du vêtement traditionnel. Il est représenté enveloppé d’un majestueux manteau kahu kiwi en muka (fibres de lin) entièrement recouvert de plumes de kiwi, fermé à l’épaule droite par un cordon. Ces plumes de grande valeur étaient cousues à la manière whakaaraara qui permettait à ces dernières d’être mouvantes, animant ainsi la surface du manteau. Dans sa main droite, Tamaikoha tient un mere en pounamu (pierre dure de couleur verte proche du jade), à la fois arme de combat rapproché et taonga (trésor) symbolisant le pouvoir et le rang, comme son manteau et les deux plumes de la queue de l’oiseau huia fichées dans ses cheveux.

Gottfried Lindauer, « Rewi Manga Maniapoto », huile sur toile, 1882. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki.
Don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/32.

Gottfried Lindauer, « Rewi Manga Maniapoto », huile sur toile, 1882. © Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki.
Don de H. E. Partridge, 1915. Réf. : 1915/2/32.

Rewi Manga Maniapoto appartenait aux iwi Ngāti Maniapoto et Ngāti Otawhao de Kihikihi et de Te Awamutu. Son père était Te Ngohi et sa mère Te Kore. Maniapoto était fameux pour son talent oratoire, sa ténacité dans les combats et sa perspicacité politique ainsi que pour sa connaissance des traditions et des coutumes de l’iwi Ngāti Maniapoto dont il avait reçu l’éducation. Il supporta (tout en gardant une certaine réserve) le mouvement kīngitanga (Māori King Movement), fondé en 1858, qui avait pour objectif de réunir l’ensemble des iwi sous l’autorité d’un souverain unique. Il s’en éloignera définitivement en 1882. Son accord autorisant la principale ligne de chemin de fer à traverser la King Country restera dans sa vie une action controversée. Plus tard, il se rétractera pour demander l’autonomie de ce territoire en échange du passage du train. Cet accord final permit l’ouverture du pays à la Couronne Britannique et aux colons.

Pour plus d’informations : http://www.lindaueronline.co.nz/maori-portraits

 

Couv. Lindauer MaoriGottfried Lindauer. Die Māori Portraits

Œuvre collégiale sous la direction de Udo Kittelmann et Britta Schmitz. Bilingue allemand/anglais, publié par l’Alte Nationalgalerie, Berlin en collaboration avec l’Auckland Art Gallery Toi O Tamaki, Verlag der Bucchandlung Walther König, Cologne, 2014. Format : 23 x 29,5 cm, 274 pp., 108 ill. coul. — les quarante-neuf toiles sont reproduites en pleine page —, et 20 bichro. ISBN 978-86335-630-9. Relié : 40 €.

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