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 » New Guinea Highlands – Art from the Jolika Collection « 

Figure en vannerie timbu wara, province du Sud des Hautes Terres, peuple Pangia, Kewa ou Wiru people. XXe siècle. Rotin, ocre et pigment argileux. Dim. : 149,9 x 73,7 x 10,2 cm. Prov. : Maureen Zarember, New York. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. JFA399.

Un livre-monument : pour la première fois, un ouvrage est consacré aux peuples habitant les hautes vallées intérieures de Papouasie Nouvelle-Guinée. Ces vastes espaces, compris entre mille et trois mille mètres d’altitude où l’occupation humaine remonte à 30 000 ans au moins, se divisent en cinq provinces : région Est (autour de Goroka), Simbu (autour de Kundiawa), Enga (autour de Wabag), région Ouest (autour de Mont Hagen) et région Sud (autour de Mendi). Longtemps restées à l’écart de toute influence occidentale, ces étendues reculées à la forte densité de population ont été les dernières zones de Papouasie Nouvelle-Guinée à être explorées par des étrangers. Les premiers contacts des Huli avec les Blancs ont eu lieu en 1934, mais ce n’est qu’en 1951 qu’un poste administratif est établi au centre de leur territoire. Puis les missions protestantes suivent. Les Blancs entreprennent alors de faire disparaître les conflits qui existent entre les groupes indigènes, ce qui aura généralement pour conséquence d’altérer profondément leur identité culturelle. Ces peuples, parlant de nombreuses langues différentes, sont réputés peu commodes mais ont tous en commun un sens aigu de la parure. En effet, ces régions se caractérisent par l’absence presque totale de sculptures traditionnelles figuratives. À la place des masques et des sculptures, qui sont quasiment inexistants, les différentes formes d’art concernent la décoration corporelle où la richesse des couleurs et des matériaux le dispute à l’extravagance : perruques en cheveux humains, coiffes et bandeaux garnis de plumes d’oiseaux, de becs de calao, d’élytres de coléoptères ou de dépouilles de paradisier, colliers, ceintures et bandoulières ornées de baies ou de graines, de dents de porc, de frondes de fougères, de fourrures de marsupiaux, de coquillages précieux et peintures aux contrastes éclatants sur le visage. Éphémères pour la plupart et mettant en œuvre des matériaux particulièrement fragiles ou périssables, ces parures ne sont parvenues qu’en petit nombre dans les collections publiques ou privées. La raison en est aussi probablement du fait que ces productions, qualifiées souvent d’“artisanales”, ont pâti de la comparaison avec les formes artistiques dites “nobles” que sont les sculptures rituelles et ont donc moins retenu l’attention des amateurs.

Pages 354-355 : Tête d’esprit, province de l’Ouest, vallée centrale wahgi, région Banz. Milieu du XXe siècle. Tronc de fougère arborescente, ocre, plumes et coquillages. H. : 58,4 cm. – Masque, province de l’Ouest, probablement rivière Jimi. Milieu du XXe siècle. Gourde, plumes de casoar, cheveux humains, pigment, graines, gomme d’arbre et boue. H. : 55,9 cm.

Pages 426-427 : Figure zoomorphe, cours supérieur de la rivière Lagaip, nord-ouest de Porgera, Paiela. Préhistorique. Pierre. H. : 32,4 cm. – Figure masculine yupini en vannerie, province Enga, XXe siècle. Rotin, sternum d’oiseau et substances rituelles. H. : 68,6 cm.

Certaines caractéristiques distinguent les parties occidentales et orientales. À l’est, les populations vivaient dans des villages, souvent entourés de palissades, et accordaient une grande importance aux pratiques guerrières et aux rites d’initiation des jeunes gens, tandis qu’à l’ouest, on trouvait plutôt des hameaux répartis en fonction des territoires de chaque clan où l’accent était davantage mis sur les cultes liés à la fertilité qui rassemblaient toute la communauté. À l’ouest également, les femmes jouaient un rôle plus important dans les échanges entre les groupes, en particulier en ce qui concerne les trocs de richesses destinés à instituer et maintenir les alliances.

Mortier anthropomorphe, Takopa, province d’Enga Province, cours inférieur de la rivière Lagaip, région de Paiela. Préhistorique. Andésite. Dim. : 12 x 22 x 35 cm. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. L05.1.111.

L’organisation sociale des Huli présente un caractère atypique par rapport aux autres sociétés des Hautes Terres. Il n’y a pas de groupe de filiation au sens politique, les droits et les devoirs de l’individu ne sont pas hérités, comme chez les Enga, leurs voisins, selon le principe de la filiation. Un homme appartient à un clan dont les membres sont les descendants vivants, indifféremment en ligne paternelle ou maternelle, d’un même ancêtre. Ils partagent un patronyme commun et observent la règle d’exogamie, mais vivent dispersés sur le territoire, ne possèdent aucune propriété collective, ne se regroupent jamais en vue d’une action commune et s’affrontent souvent entre eux. Le groupement politique de base est constitué par l’ensemble des résidents qui possède un territoire, mais une partie seulement de ses membres y vivent.

Planche d’ancêtre gerua wenena, Siane, province de l’Est des Hautes Terres, frontière ouest avec la province Simbu (Chimbu). XXe siècle. Bois et pigments. Dim. : 150 x 48 x 2 cm. Collectée par Stanley Gordon Moriarty, Sydney, dans la région de Siane, vers 1960. Gift of Marcia and John Friede in Honor of Diane B. Wilsey and Harry S. Parker III. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. 2007.44.31.

Ces populations recueillaient les éléments nécessaires à leur vie quotidienne dans leur environnement. Leur survie reposait principalement sur la culture du taro, de la patate douce, des bananes, de la canne à sucre et de quelques cultures vivrières, complétées par l’élevage de cochons, la chasse et la cueillette. C’est dans la production des biens, dans leur accumulation et leur circulation par le biais des cérémonies que résidait la complexité de la culture matérielle des Hautes Terres. Les cochons n’étaient pas les seuls signes de richesse. Une certaine variété de coquillage dénommée « kina » — grande huître perlière découpée en demi-lune enduite d’ocre rouge —, importée à l’intérieur de l’île par le biais de réseaux d’échanges complexes, jouait également un rôle significatif. Le corps était donc devenu un marqueur des relations communautaires. L’attention que l’on accordait à la parure corporelle était liée aux fêtes au cours desquelles on échangeait des biens de valeur comme les coquillages et les cochons et qui donnaient l’occasion aux individus comme aux groupes d’organiser des concours de parure destinés à éblouir les spectateurs. À la fois nécessité d’établir des relations entre les clans mais aussi ambition personnelle de leurs membres, la richesse des parures exprimait le pouvoir individuel et permettait aux individus de jouer un rôle et d’être ainsi intégré dans un tissu de liens de parenté et d’alliances. Une activité qui évoluait en fonction des périodes liées au cycle de la vie durant lesquelles chacun se préoccupait plus ou moins de son ornementation avec des différences marquantes dans la façon de porter un même type d’objet. Chez les Dani, l’individu informait de son statut par le port d’une plume blanche portée sur le front et un étui pénien ou, pour les femmes, une jupe en roseau fraîchement confectionnée — portée également lors des danses. La cérémonie la plus connue était une cérémonie d’échange appelée, dans la région du Mont Hagen, « moka », reposant sur un système de dons et de contre-dons. En donnant plus qu’avoir reçu, les hommes gagnaient en statut et en prestige aux yeux de leur société. L’objectif n’était pas d’amasser des richesses pour un usage personnel, mais de les partager avec la communauté. Aujourd’hui encore, lors des fameux rassemblements du Mont Hagen, regroupant tous les représentants de toutes les tribus de la région, les hommes exécutent des parades guerrières, rythmées par des tambours rituels en forme de sablier (kundu), sortent de dangereux simulacres de combats ou de charges d’intimidation entre les clans avec lances affutées, haches et flèches.

Bouclier rumag, Melpa, province de l’Ouest des Hautes Terres, région du Mount Hagen. XXe siècle. Bois, pigments, fibres et rotin. Dim. : 152,4 x 45,7 x 5,1 cm. Prov. Kevin Conru, Bruxelles. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. L05.1.380.

Bouclier reipe, province de l’Ouest des Hautes Terres, vallée de Nebilyer, peuple de langage Melpa et Imbongu. Début du XXe siècle. Bois, pigments et fibres d’écorce. 123 x 59 x 21 cm. Gift of Marcia and John Friede in Honor of Diane B. Wilsey and Harry S. Parker III. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. 2007.44.40.

La guerre n’était pas seulement liée à l’affrontement d’un clan ennemi mais pouvait être le prétexte à la création d’artefacts tels que les boucliers, indispensables à l’équipement d’un guerrier. Ils étaient fabriqués par les hommes dans des endroits secrets — les maisons des hommes — ou, parfois, dans la forêt, lors de l’abattage de l’arbre. Si le bouclier est avant tout et par définition une arme défensive pour se protéger des flèches et des lances, il permettait à son propriétaire d’être rattaché à un groupe et une identité à travers les motifs qu’ils arboraient. Ces motifs et leurs couleurs étaient également perçus comme la représentation, voire l’incarnation, des esprits, et avaient pour finalité d’intimider l’ennemi.

Si se parer pour le « sing-sing » (cérémonie), était une façon de se présenter devant les autres tribus pour les impressionner, c’était aussi un geste politique, religieux et d’ordre moral : la qualité de la parure de plumes, le brillant de la peau huilée, l’ornement facial, les colliers, tout avait une signification et allait être arbitré et évalué. On trouvait les parures les plus sophistiquées dans les vallées centrales où des groupes prospères pouvaient obtenir, par voie d’échange, plumes et aigrettes d’oiseaux, fourrures de marsupiaux et coquillages provenant de territoires où on les trouvait en plus grand nombre. Les régions Hagen, Enga, Huli et Duna se signalent par l’importance des perruques fabriquées avec des cheveux humains et par la longueur des cheveux, considérée comme un signe de virilité. Les Wahgi portaient également des perruques en cheveux humains amalgamés a de la résine et fixés sur des structures en écorce et en bambou surmontées de plumes conférant à ceux qui les portaient un grand pouvoir de séduction, elles avaient aussi une fonction magique liée à l’élevage des porcs. De la province de Chimbu jusqu’aux Wahgi on relève une grande variété de coutumes dans les fêtes d’abattage de cochons et les festins périodiques entre groupes qui étaient l’occasion d’utiliser une prolifération de riches parures corporelles. L’abattage des cochons s’effectuait davantage en rapport avec les sacrifices aux ancêtres et autres esprits avec pour objectif d’assurer la santé et la prospérité de l’ensemble du groupe.

Pierre cérémonielle, province d’Enga, vallée d’Ambum (Ambom) près de Wabag. Préhistorique. Basalte. Dim. : 25,4 x 15,2 x 10,2 cm. Gift of Marcia and John Friede in Honor of Diane B. Wilsey and Harry S. Parker III. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. 2007.44.112.

Les pierres et les maisons cultuelles étaient décorées comme l’étaient aussi ceux qui les avaient édifiées et qui dansaient pour les esprits. Une fois la danse achevée chacun enlevait sa coiffure et la peinture de son visage et rangeait les objets rituels. Leur pouvoir cependant persistait, c’est le cas des pierres employées dans l’ensemble de la région. Chez les Dani, les pierres jao étaient utilisées dans la constitution de la dot de la mariée. Chez les Konda Dani, ces pierres étaient classées entre mâles ou femelles et disposées par paires, en référence aux rapports humains et enduites de graisse de cochon, symbolisant la fertilité du mariage. Ces pierres sacrées étaient généralement enveloppées et restaient cachées pendant de longues périodes quand elles n’étaient pas tout simplement enterrées jusqu’à la représentation suivante.

Filet bilum, hommes  » kabeel « , province de Sandaun (Ouest du Sépik), Mountain Ok, peuple de langage telefol. Milieu du XXe siècle. Fibres, plumes de calao (Aceros plicatus), hupe de cacatoès [Cacatua galerita], plumes de Paradisier de Raggi (Paradisaea raggiana) et autres, queue de cochon, cauris, mastic et osier. Dim. : 78,7 x 73,7 cm. Ex-coll. Walter Randel, New York ; Gift of Marcia and John Friede in Honor of Diane B. Wilsey and Harry S. Parker III. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. 2007.44.79.

Le bilum est un filet de portage réalisé avec un fil épais en fibre naturelle ou teinte avec la technique du crochet. Chargé de symbolique mythique il était — et est encore — avant tout l’incontournable objet répondant à de multiples fonctions. Ces filets étaient d’une grande importance pour ce qu’ils signifiaient aux yeux des hommes comme des femmes. Considéré différemment suivant les besoins et les moments de la vie, les femmes le portaient le nœud sur la tête alors que les Huli, par exemple, portaient le filet barrant la poitrine, le nœud sur l’épaule, le filet appuyé sur le côté opposé, sous le bras. Bien que d’un usage quotidien, cet objet appartenait également à la vie symbolique. À ses mailles pouvaient être fixés divers matériaux indiquant son usage caché pour des pratiques « magiques ».

Coiffure, province de l’Est des Hautes Terres, Anga, à la frontière des provinces de Morobe et du Golf, près de la station de Marawaka, peuple de langage Baruya. XXe siècle. Fibres (avocat et orchidée), plumes (Raggiana [Paradisaea raggiana] et King of Saxony [Pteridophora alberti] oiseaux de paradis, perroquet et lorikeet), queue de cuscus (opossum ; Dactylopsila sp.) et bois. Dim. : 61 x 43,2 x 27,9 cm. Prov. : Michael Hamson, Palos Verdes Estates, California. © Fine Arts Museums of San Francisco. Inv. JFA253.

Au sein du clan, la parure permettait à la fois de juger de la valeur comme du rang. Éblouissante, elle dévoilait la puissance et la fierté, alors que, médiocre, elle pouvait suggérer une faiblesse voire une division du clan. Tout ce que la nature et le monde animal produisaient était utilisé pour créer des œuvres originales et très inventives qui exigeaient souvent un travail considérable de la part d’artisans très habiles. La plupart de ces véritables œuvres d’art étaient des objets sacrés. À ce titre, elles peuvent être considérées comme la mémoire de ces sociétés.

« New Guinea Highlands – Art from the Jolika Collection »

New Guinea Highlands – Art from the Jolika Collection, œuvre collégiale sous la direction de John Friede, Terence E. Hays et Christina Hellmich. Publié en anglais par le Fine Arts Museums of San Francisco • de Young et DelmonicoBooks • Prestel, 2017. Format : 24 x 31 cm, 666 pp., 553 ill. coul. (dont 137 pl.), 37 N/B et duotone et 11 cartes. Relié sous jaquette : 128 €. ISBN 978-3-7913-5055-4. Bénéficiant d’analyses rigoureuses et doté d’une iconographie abondante et superbe, ce livre est une référence remarquable et incontournable sur les Hautes Terres de Papouasie Nouvelle-Guinée, leurs habitants et leurs étonnantes créations.

Pages 596-597 : Costume, Papouasie Nouvelle-Guinée de l’Ouest (Indonésie), Sudirman Range, (Snow Mountains), Kiliarama, peuple Amungme, XXe siècle. Fibre d’orchidée, fibres, plumes, queues et dents de cochons, papillons, os, dents de marsupiaux, bambou, fourrures et graines. H. : 94 cm.

Pages 12-13 : Figure, zoomorphe, province Enga, Basalte et pigment rouge. H. : 33 cm.

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